Petites misères etc... est une adaptation de “L'Affaire N'gustro” de Manchette. Elle met en jeu la vie et les fantasmes d'un facho ordinaire. Ce livre  nous dévoile un monde basé sur les rapports de force et la concurrence, où chacun est à tour de rôle bourreau et victime.

 

 

Le roi Lear était un espace idéal de rencontre, entre une jeune génération, nous, et une arrière-garde : Jacques Fornier et Robert Pagès, des acteurs importants de la décentralisation théâtrale. A l’époque, nous avons déjà conscience que si nous voulons avancer, il ne faut pas hésiter à faire quelques pas en arrière. Avec Jacques Fornier nous apprenons que la créativité est un muscle propre à notre condition d’homme, un muscle qu’il faut entraîner. Que pour être acteur, il faut être présent et que si on respire mal, on disparaît.

Une boîte à outils

Au travers de nos spectacles nous avons construit nos propres outils que nous partageons ici.

Cette page met en lumière nos expérimentations artistiques. Notre compagnie a 28 ans d’existence, 28 ans de recherches, de tentatives, d’échecs et de réussites. Chacun de nos spectacles a pour point de départ un pari, une tentative de repousser les murs du théâtre pour en faire un lieu de jubilation et de liberté, un espace de rencontres et de partages. Chaque spectacle est une marche sur lequel viendra se poser le suivant.

Nos échecs ou nos demi-réussites ont toujours été riches d'enseignements, nos frustrations sont venus nourrir les spectacles suivants.

Voilà notre histoire en 4 actes.

Scène 1 - Le roi Lear

Shakespeare notre saint patron

Nous avons choisi de monter cette pièce parce qu’elle est une fabuleuse mécanique théâtrale qui se joue des formes : elle est à la fois un drame familial, une épopée où le tragique se mue vite en burlesque. Elle met en scène un rite de passage : la mort. C’est une pièce qui fonctionne à la fois de façon linéaire et de façon analogique, par variations de thèmes à la manière du jazz. C’est aussi une œuvre éminemment populaire, qui a cette faculté de parler plusieurs langues, de nous rassembler au-delà de nos différences. C’est sur cette partition que, pendant trois années, nous avons fait nos gammes.

Scène 2 - Culture d’exclus

un espace de remobilisation

L'exclusion, est un des thèmes importants du Roi Lear. Il a été pour nous l’occasion d’une autre rencontre. Dès la deuxième année, nous associons au processus de création des bénéficiaires du RMI. Avec eux, commence un compagnonnage qui durera jusqu’à aujourd’hui. Ils sont bien souvent les premiers témoins de nos spectacles, un thermomètre qui nous permet de vérifier que nous n’avons pas enlevé de barreaux à l’échelle de nos ambitions artistiques, que, comme notre saint patron, nous sommes bien dans une culture populaire. Nous menons ensemble un parcours artistique singulier: nous cherchons avec eux leur propre théâtre, la forme à même de rendre compte de leur parole et de leur vécu. En leur proposant une place dans un projet artistique collectif, nous les aidons à retrouver un rôle social, à être plus acteur de leur quotidien.

Scène 1 -Une exploration

Pendant les années qui suivent, nous continuons à faire nos gammes, nous explorons des formes. Le cabaret, le spectacle déambulatoire, la réunion, la noce...

Nous jouerons hors les murs, dans des lieux réels: des cafés, des trains, des salles de classe.

Après le Roi Lear, nous ne monterons plus de pièces de théâtre.

Nous piocherons notre inspiration dans la littérature, l'histoire, la sociologie.

Des extraits littéraires seront utilisés tels quels, ou seront des points de départ à des improvisations. Nous pratiquerons l'art du montage.

Nous travaillerons sur des thèmes: l'amour, la famille, l'utopie, l'avenir...

 

Scène 2 - De la proximité

                 au dénuement

Nous recherchons une proximité sans artifices (projecteurs, scène, décors). Nous instaurons une relation directe et complice entre un comédien et un spectateur, explorons le jeu du regard, l’intimité d’une parole, le trouble du silence.

La proximité intensifie la présence de l’acteur, déchire le voile de la représentation, génère une ambivalence chez celui qui écoute : il ne sait plus s’il est spectateur ou confident. C’est dans cette ambigüité que le texte prend vie.

Ce presque rien rend le jeu infiniment libre et fluide et nous entraîne dans un théâtre fait d'évocations, dans lequel l'imaginaire du spectateur prend une part importante. Nous évoquons plus que nous ne montrons et paradoxalement, cette nudité, cette absence de choses (décors, costumes, lumière, scène) génère une complicité et  une proximité forte avec les spectateurs.

Pour nous, le théâtre est plus un art de conventions que d'artifices. 

Comme Mère Teresa, Grotowski, Brook ou Kantor nous ferons désormais le pari de la pauvreté et de cet essentiel de la présence et du dénuement.

Scène 3 - Un théâtre tout terrain

La légèreté de la forme nous permet d'aller partout. Nous pratiquons un théâtre tout terrain, nous jouons dans des cafés, dans des trains, des hôpitaux, dans des salles des fêtes, dans la rue. Nous sortons le théâtre de ses murs, pour mieux réinventer des formes, et des relations plus directes au spectateur.

Scène 1 - le jeu de rôles

 

Au travers de plusieurs spectacles nous poussons l'implication du spectateur un peu plus loin. Nous lui proposons un jeu de rôles dans lequel il interagit avec les acteurs.

Nous partons du principe que s’il est là, face à nous, il a son mot à dire. Sans le prendre en otage (il n’est pas obligé de faire quoi que ce soit pour être inclus dans la fiction que nous créons), nous décalons sa place pour le rendre partie prenante de ce qui se joue. Et pour ajouter du trouble à la représentation, nous créons des barons, faux spectateurs. Nous prenons plaisir à faire de gros trous dans le quatrième mur.

 

Tous nos spectacles ou presque mettent en jeu la recherche de cet idéal.

Si nous sommes aussi attachés à ce thème, c’est que l’utopie irrigue profondément l’histoire de notre région. La Franche-Comté, c'est des coopératives fromagères, les fruitières; une saline imaginée par Claude Nicolas Ledoux ; un mutualiste, Pierre-Joseph Proudhon ; un philosophe des passions, Charles Fourrier ; une maison du peuple, la Fraternelle.

Mais l'utopie qui nous a le plus inspirés dans nos façons de faire du théâtre, c’est celle d'un quartier de Besançon, Palente, du groupe Medvedkine, de LIP,  du CCPPO.

Pendant deux ans, nous avons posé nos valises dans ce quartier. Nous avons remonté le temps, plongé tête la première dans les archives du CCPPO, recueilli des témoignages, reconstitué le puzzle d'une utopie ouvrière où la culture rime avec émancipation.

Scène 2 - L'utopie, une colonne vertébrale

Scène 1 - Le grand Déballage,

                        un Tournant

 

Nous nous sommes abreuvés à la mamelle d'une culture populaire, par et pour le peuple. La culture comme un moyen d'émancipation, un outil de lutte qui permet de sortir des systèmes de domination et des places assignées. Et au-delà, avec les groupes Medvedkine, une façon de parler de soi de façon poétique.

A partir du Grand déballage, nos sources d’inspiration se diversifient : elles ne sont plus seulement constituées de romanciers, de philosophes, de sociologues, de dramaturges, mais de témoignages recueillis sur le terrain.

Pour faire notre tambouille, nous mêlons des récits de vies à des extraits littéraires ou philosophiques. Notre outil, le théâtre, devient beaucoup plus élastique. Il ne plaque plus un sens préexistant sur une réalité, mais s’élargit aux différentes rencontres, paroles récoltées et par là-même, associe des habitants aux processus de création.

Scène 2 - Un théâtre populaire

​Lorsque nous pensons au théâtre populaire, nous empruntons la définition de Firmin Gémier :

"Sans doute il n’est pas de plus noble vocation pour l’artiste que de charmer le public, c’est-à-dire toute la vaste famille composée des humbles et des puissants, des artisans et des savants, des marchands et des poètes. Mais souvent, on appela populaire un art sans nuances et sans profondeur..."

Le peuple, c'est tout le peuple, et pas seulement une partie du peuple.

Faire du théâtre populaire n'est pas une façon mineure de faire du théâtre. C'est plus exigeant et plus riche que de faire un théâtre d'avant-garde pour l'avant-garde, c'est s'adresser à tout le peuple, mettre en jeu ce qui le différencie en piochant dans la culture des uns et des autres. Mais au-delà, c'est tenter de faire ressentir l'universel qui est au cœur de chacun. Cela nous pousse à parler la langue des autres, à nous immerger dans des réalités qui ne sont pas les nôtres, à jouer sur une gamme plus large faite d'un ensemble de cultures.

Pour nous, le théâtre est un outil démocratique, le lieu d’une utopie agissante, où se frottent des façons de voir, de faire et de vivre notre monde .

 

Acte I : Le théâtre, un espace de rencontre

 

Piqure d’amour / Un cabaret Littéraire

Ce spectacle se joue dans des cafés. Les spectateurs commandent des menus littéraires faits de confidences amoureuses - "Certains l’aiment cru ", "Au bord de l'amer" - que les comédiens viennent jouer à leurs tables.

Pour mijoter ces confidences, nous avons pioché dans notre patrimoine littéraire : Aragon, Musset,  Bataille, Cohen, Mirbeau, Calaferte...

Hors champs

Notre décor tient dans une Kangoo qui transporte aussi les quatre comédiens et le metteur en scène de la pièce.

Sur un plateau vide, nous traçons un terrain de jeu, sur lequel les acteurs se relaient et se transforment à vue, en un clin d’œil. Les accessoires fonctionnent comme des objets totémiques : le châle c’est Marguerite, la valise - le représentant de commerce, la sacoche remplie de dossiers, l’assistante sociale. Grâce à ces accessoires, des acteurs différents incarnent parfois le même personnage.​ Les escaliers et des portes se déploient dans l'imaginaire des spectateurs, stimulé par le seul déplacement des comédiens.

Acte II :Un théâtre du pauvre

Une famille en or

Dispositif scénique : une table de 40 m2 autour de laquelle se mêlent comédiens et spectateurs. C’est l’un des rares spectacles où il nous faut louer un 20 m3.

Les spectateurs sont les invités soit d’un mariage soit d’un enterrement, en fonction du côté de la table où ils sont assis. Entre ces deux événements se rejoue la vie d’une famille. Des souvenirs jaillissent du dessous de la table, et éclairent le présent des personnages. Comme convives, les spectateurs distribuent les cadeaux aux mariés, recueillent les confidences des personnages, coupent les oignons pour la soupe du mariage et ce faisant, pleurent le mort.

Dans Mr Kropps, les spectateurs sont des chômeurs embarqués dans une expérience coopérative innovante : travailler et vivre ensemble. Ils participent à une réunion pour se mettre d’accord sur les critères de leur habitat collectif : plus pour moi et moins pour le commun ou plus pour le commun et moins pour ma pomme.

 

Dans  Now Futur//2 , le public se retrouve en l’an 2058, lors d’une assemblée de pédaleurs réfléchissant à sa survie dans un monde où les énergies fossiles ont disparu.

 

Dans La foire aux utopies nous détournons une forme populaire, la kermesse. Une tribu d’hallucinés transporte les spectateurs dans leur paradis forain, comme dans une sorte d’inter-villes ubuesque. Les spectateurs participent à plusieurs jeux : simples numéros dans une dictature, ils jouent au ‘perd pas la boule’ de Stakhanov ; révolutionnaires,  ils participent au parcours Ravaillac et au ribouldingue- barricade ;  jeunes entrepreneurs ambitieux, ils essaient de faire le score le plus élevé au jeu de la délocalisation.

 

Dans Pris de cours nous poussons le trouble un peu plus loin:  le comédien est un prof remplaçant qui vient faire cours à de vrais élèves qui ne savent pas qu’il est comédien. Nous nous amusons avec la réalité qui devient fiction, et la fiction qui se joue dans la réalité.

Acte III : Un théâtre participatif

la Ballade des mondes est un spectacle qui donne à voir les différentes couleurs de l’utopie. Un patchwork fait de parcours dans lequel le spectateur choisit sa déambulation.

La Foire aux utopies met en jeu une utopie ludique et foraine qui oscille entre libéralisme et  dictature.

Mr Kropps met en jeu une utopie coopérative inspirée de Fourrier,  du familistère de Godin et des expériences d’habitat autogéré

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Now Futur 1  est une utopie technologique et futuriste.

Acte IV : Une démocratie culturelle

Le grand déballage

Pendant un mois, le CCPPO, association d’éducation populaire, anime la grève de la Rhodia : projections de films, lectures de poèmes... C'est sans doute la première fois dans l'histoire des mouvements grévistes que 1500 travailleurs assemblés devant une usine pour décider de la suite à donner au mouvement, écoutent un poème dit au micro par un militant. La Rhodia se mue en centre culturel. Des artistes et des intellectuels s'associent à la lutte, Chris Marker vient filmer la grève et met au service des ouvriers son outil : la caméra. Grâce à cette arme, ils peuvent se raconter et se faire entendre.

Hors Champs

Pour créer cette pièce nous collectons des paroles d’habitants, d’éducateurs, de jeunes qui nous font très vite penser aux Mangeclous de Cohen.

Forts de ces paroles, nous faisons appel à un auteur, Yves Reynaud, qui les décline en quelques partitions qu’ensuite la mise en scène et le jeu viennent transformer.

Dans une salle de classe, au cœur du quartier, nous assaisonnons ces témoignages avec du Pierre Bourdieu et du Alain Baud, le tout dans une casserole très brechtienne.

Nous invitons les habitants du quartier à venir goûter quelques esquisses lors de ‘Veillées aspirat'heures’. Ces ébauches deviennent des détonateurs autour desquels des jeunes de quartiers, des élus, des travailleurs sociaux, des bénéficiaires du RMI et des habitants débattent de leurs réalités.

Ils sont à la fois la matière première et le réceptacle de la représentation.

 

Dans Now futur 1  des élèves de collèges et de lycées partagent avec nous leurs fantasmes d’un avenir technologique, qui contribuera à construire le spectacle. Régulièrement, nous présentons des ébauches, qui viennent à leur tour nourrir l'imaginaire des élèves.

 

L’homme, ce vaste jardin

À partir d’un simulacre - la ville de Luxeuil concourt à un nouveau label, "Ville des Jardins Imaginaires". Nous créons, à la manière de "Silence, on rembobine", un film collaboratif. Entre documentaire et fiction, nous interrogeons les habitants sur leurs jardins secrets, nous filmons leurs savoirs-être et leurs savoirs-faire.

 

 

le village d’à côté,

Suite à une donation faite à la commune, le conseil municipal éclate, et comme une traînée de poudre, la discorde se répand dans  le village tout entier.

Pour tenter d’apporter des réponses à ce conflit, Bernard Kropps de la société Audicée – L’Audit comme un long périple -  est nommé par la préfecture.

Il plonge alors avec les spectateurs au cœur des convulsions qui agitent nos campagnes en pleine mutation, et tente de désamorcer les conflits…

Notre Histoire  en IV actes