Intervenants

Mise en scène/ réalisation

Jean-Charles THOMAS

Vidéo

Mehmet ARIKAN

Partenaires sur le quartier

MJC

Eric SCHMITT

Collège Clairs-Soleils

Magalie SERVEAU

Laurence CACHOT

Hélène HARRANGER

Partenaires  institutionnels

Clairs-Soleils

 

 

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Clairs-Soleils, 5613 habitants, une MJC, une école primaire, un collège, une bibliothèque. Une colline, des bois, des immeubles des années 70 mais aussi d'autres, plus récents. Le quartier a bénéficié d'un plan de rénovation urbaine, deux HLM, la Banane et le Petit Chicago ont été démolis, mais la réputation du quartier n'a pas changé avec la poussée des nouveaux bâtiments. À mi-colline, la place des Lumières, un parking bordé par des magasins fermés, en face la MJC, notre partenaire sur le quartier.

Au sommet le collège, notre second partenaire, où des enfants de Clairs-Soleils se mêlent avec ceux des villages alentours. Plus loin, des HLM et des pavillons individuels se font face.

Dans un recoin, des immeubles privatifs, fermés par une barrière, qui laisse rentrer des voitures munies d'un badge.

 

 

Cette Zone Optimum de Bonheur, comme les ZOB que nous avons menées à Bruay-la-Buissière, à Montpellier, et à Saulx-les-Charteux, se déroule dans le cadre d'un Contrat Ville, dont l’objectif est d’accompagner le développement des quartiers dit sensibles.

Dans tout mode d’intervention ciblé sur des quartiers sensibles, il y a quelque chose de paradoxal. En voulant agir dessus, on les stigmatise, en voulant les aider, on crée un cadre qui les renferme sur eux-mêmes, les isole. C’est pourquoi il est important au travers d’une action culturelle de sortir de ce cadre clivant.

On pourrait dresser la liste des caractéristiques qui font de ces quartiers, des zones sensibles. Cependant, en tant qu’intervenant artistique, il n'est pas possible de solliciter de la participation auprès de populations réduites à leurs seuls manques. En assignant des personnes à des rôles, on les dépossède des compétences propres à chaque humain, on se prend au piège du déterminisme que l’on est censé combattre.

Dans la Zone Optimum de Bonheur nous changeons volontairement d’angle de vue. Nous mettons en valeur les richesses présentes sur un territoire.  Au travers de portraits filmés d’habitants du quartier, de veillées, de scènes filmées, nous retraçons des expériences sensibles, nous proposons des espaces de participation et de rencontre qui recréent des sentiments d’appartenance positive. Cela ne veut pas dire que nous faisons l’impasse sur les difficultés, seulement, nous ouvrons d’autres espaces d’imaginaire, qui permettent aux personnes de se voir autrement. 

Ce projet se propose de sortir du piège des statistiques et des places assignées, et cela de façon artistique et ludique en proposant aux personnes de devenir des acteurs conscients de leur propre mythologie.
 

Un cadre, un projet

Nos premières pépites

Nous sommes en automne 2019.

Eric, le directeur de la MJC,  a parlé du projet à quelques habitants et les a convié à une réunion. La discussion s'engage. Comme à chaque fois, nos écoutilles sont grandes ouvertes. Nous inspirons largement.

 

Notre premier rendez-vous sera avec Abassia, l'auxiliaire de vie au CCAS qui anime sur son temps libre un atelier couture; puis avec Denise la retraitée, et Dédé l'ancien gardien du gymnase.

Nous sommes comme des orpailleurs, prêts à remonter le quartier, persuadés de trouver quelques pépites.

Les vidéos qui suivent sont les premiers morceaux d'un puzzle que nous continuons à construire,

et que nous présenterons dans le cadre de la fête de quartier.

Les drôles de dames

Abassia, Christa, Rachel, Rabéa, Martine, Saadia

Elles ont entre la trentaine et la soixantaine, de toutes origines,, elles partent au quart de tour,

Elles se voient une fois par semaine pour faire de la couture.  Elles se sont trouvées, elles papotent, rient, s'entraident, touchent à des essentiels, avec légèreté et humour, elles s'emmêlent les unes aux autres au-delà des lignes de démarcation.

Elles sont ensemble cette part de l'humanité qui cherche à se redéfinir, au-delà des places et des rôles assignés. Des femmes avec  chacune une couleur bien à elle et un tempérament bien trempé.

Nous avons proposé à Denise et Dédé de nous faire visiter leur quartier.

Avec Dédé, nous partirons de son appartement au Vareille, et nous descendrons jusqu'au gymnase où il était gardien.

Avec Denise, nous ferons presque le chemin inverse, de sa maison au bas de la colline jusqu'à la bibliothèque.

Nos deux Guides

Une action au collège

 

 Une Zone Optimum de Bonheur met en jeu  divers outils artistiques : vidéo, musique et théâtre et permet un travail pluridisciplinaire. 

 

Dans ce cadre nous avons noué un partenariat avec deux professeurs: Laurence Cachot, professeur de français, Hélène Harranger, professeur de musique et Magalie Serveau, documentaliste. L'action s'adresse à deux classes de 4éme.

 

Nous avons proposé aux élèves de  partir d’un territoire qu’ils connaissent : leur quartier, pour interroger l’art en tant qu’espace de représentation. Cette démarche est double : d'une part un reportage à travers des enquêtes de terrain et d'autre part, une démarche fictionnelle dans l'objectif de réaliser un clip touristique de leur quartier. Ces deux démarches, mises en commun, permettent de comprendre comment une connaissance empirique de son quartier peut être objectivée à travers un reportage, ou subjectivée dans une fiction, ou les deux à la fois. Dans ce sens, nous nous inscrivons dans un champ qu’on appelle le documentaire-fiction.

Premières interventions

Mehmet Arikan, le documentariste, propose une séance d'éducation à l'image  à travers trois films, Le Kid de Charlie Chaplin, L'Île aux fleurs de Jorge Furtado, et  Chez Salah un documentaire qu'il a tourné lui-même.

Magalie, la documentaliste a travaillé avec les élèves sur des petits jeux d'écriture.

Seconde immersion

 

L’action culturelle que nous avions entrepris sur le quartier Clairs-Soleils, ne verra son dénouement qu’au printemps 2021, notre session de tournage prévu au mois d’avril 2020 n’ayant pu avoir lieu.

Afin d’assurer la continuité, nous sommes toutefois intervenus sur le quartier en août 2020. Avec une amie philosophe, Laurence Bouchet, nous avons arpenté pendant quatre jours le quartier, proposant à ses habitants les ateliers philo dans la rue. Place des Lumières, nous avons philosophé avec des jeunes de 16 à 22 ans sur le thème de la colère et du pouvoir.

Nous avons aussi rencontré les usagers du café PMU qui rassemble des jeunes adultes de 20 à 35 ans. Nous avons pris contact avec Tino, un rappeur, que nous aimerions associer au projet.

L’un des objectifs de La Zone Optimum de Bonheur étant de valoriser les talents présents sur les territoires sur lesquels nous agissons.

Au mois d’octobre, avec Mehmet Arikan, documentariste de la Tribu Documentaires, nous avons filmé pendant 5 jours de nouvelles personnes rencontrées sur Clairs-Soleils.

 

Le quartier un espace géographique

Alexandre Moine professeur au Laboratoire Théma Université Fanche-comté

Alexandre professeur de géo à L'université de Besançon qui analyse le quartier à partir du petit livre bleu écrit par les habitants dans les années 80.

Avec Alexandre depuis un peu plus de deux ans nous confluons.

Au travers des Zones Optimum de bonheur nous cherchons à tricoter un truc hybride à mi-chemin entre l'art et la science.

Josuah, l’animateur sportif de la MJC qui ouvrent d’autres espaces de possible aux enfants et aux ados du quartiers.

Laurence et Hélène, les deux professeurs avec qui nous intervenons au collège et qui nous parlent du sens de leur travail.

Zidane, un jeune de 18 ans qui a arrêté ses études en troisième, un ange un peu canaille qui passe son temps à écrire du rap. Un poète urbain. Même si pour lui ce qu'il fait n'a rien à voir avec la poésie.

Mehmet, qui plante des arbres fruitiers en cachette sur le quartier.

Sandrine et Ahmet un couple de mal-voyants que nous avions rencontré l’année passée et que nous avions interrogé sur ce que signifie un territoire pour une personne mal-voyante.

​Au travers de leurs témoignages des fils se tissent, des thèmes apparaissent, des questions se font jour :  la mixité, le communautarisme, les missions du service public.

 

Sur le quartier, des HLM et des maisons individuelles se côtoient dans un espace géographique assez réduit.  Des chapelets d’immeubles s’élèvent le long de la rue de Chalezeule qui sillonne le quartier. Certains ont été rasés et ont fait place à de nouvelles constructions.  

En haut de la rue, entre deux barres d’immeubles, des quartiers privatifs ont fait leur apparition. De l’autre côté du chemin de fer, en contre-bas du quartier, un confetti de maisons individuelles se dissimulent dans un écrin de verdure. Sommes-nous encore à Clairs Soleils ? A quelques encablures, derrière les grandes bais vitrées, trônent les barres d’immeubles qui ont fondé le quartier. 

 

Vu de façon plongeante et bien à plat, des populations hétérogènes semblent cohabiter. Mais qui dit mixité ne dit pas forcément échanges.

 Alors la mixité, réelle ou fantasmée ?

Nous sommes bien loin de ces quartiers nouveaux des années 50 et 70, qui offraient à chacun le confort moderne et où se côtoyaient des Portugais, des Italiens, des Marocains, des Turcs, des maçons, des cadres, des instituteurs, des artisans et où, si l’on en croit les plus anciens, les échanges de services et la convivialité étaient de mise.  Depuis, les plus riches sont partis et se sont enclos derrière des murs végétaux. Les plus pauvres, quant à eux, continuent à s’entasser dans les anciens immeubles.

Dans ce quartier, malgré les changements, les plans de rénovation successifs, la construction d’une MJC, d’une crèche et d’un collège, chacun semble rester à sa place, une place que détermine l'argent.

Comme le résume Alexandre Moine, professeur de géographie à l’Université de Franche-Comté, que nous avons questionné sur la mixité, « qui se ressemble, s’assemble ». On aime être avec les gens qui appartiennent à la même classe sociale et qui partage la même culture. On crée soi-même nos propres communautés d’intérêts et de valeurs.

Mais lorsque l’on parle de « communautarisme », on désigne surtout les pauvres, ceux qui ont échoué dans les HLM au gré des vagues migratoires successives. Les barres d’immeubles sont des millefeuilles de nationalités : populations du Maghreb hier, aujourd’hui des Tchéchènes ou des Kosovars.

L’entre-soi des « riches », comme le fait remarquer Alexandre Moine, ne pose aucun problème. Ce sont pourtant bien les « riches »

qui choisissent de s’enfermer et affichent une réussite ostentatoire derrière des barrières et des caméras de surveillance.

Les plus pauvres subissent leurs habitats, faute de moyens, là où les plus riches choisissent leur cadre de vie.

D’un côté, une situation que l’on subit de plus en plus mal, de l’autre côté, un entre-soi choisi.

Alors le communautarisme ?

Quand on pose la question aux jeunes adultes qui fréquentent le seul café PMU du quartier, ils égrènent les origines des habitués : Tunisiens, Algériens, Afghans, Sénégalais, Turcs. La plupart Français. Peut-on parler de communautarisme, lorsque les origines vont de l’Afrique à l’Asie ? Un communautarisme de niveau de vie ? de religion ?

Quand l'institution ou le politique parle de communautarisme, il parle  d'un communautarisme musulman, comme si les uns avaient le désir de faire sécession, de s'exclure d'une communauté de destin : la France.

Lorsque l'on regarde, les quartiers privatifs, les "gated community" on est bien dans une forme de communautarisme. Il y a un désir affirmer de se protéger et se distinguer des autres des autres, de montrer au travers de signe ostentatoires que l'on n'appartient pas au même monde. 

Dans les différents entretiens, l'islam revient  comme une religion porteuse de valeurs de solidarité et d'entraides ?

 Alors qui s'exclu ? Ou qui veut s'exclure ? Ou qui est exclu ?  Les pauvres ou les riches ? Qui veut ou non s'intégrer et comment ?

Sur le quartier, on croise beaucoup de personnes d’origines étrangères, qui se remarquent à leur couleur de peau. Il y aussi des femmes voilées. Lorsque que l’on questionne Abassia qui est auxiliaire de vie au CCAS, on comprend que son voile est avant tout une façon de revendiquer une appartenance à une religion où l’on prend soin des autres.

Lors d’un atelier couture, c’est Saadia, une femme voilée, qui met en avant que les grands couturiers sont avant tout des hommes et que les femmes occupent des positions subalternes. C’est encore elle, qui, devant le collège, nous parle des inégalités présentes sur son quartier. Nous avons à faire à une femme française voilée, mais surtout émancipée.

Pour Mehmet, planter des arbres fruitiers en douce sur le quartier est une façon d’apporter du bien, de suivre les préceptes de sa religion.

Avec ces premiers portraits des habitants nous voulons sortir d’une stigmatisation qui est parfois bien pratique. Certes, la violence et le trafic existent, ne faisons pas d’angélisme. Mais stigmatiser les quartiers ne fait que conforter les places et les rôles assignés. Chercher l’optimum de bonheur, c’est choisir d’utiliser d’autres focales, d’autres ongles de vue. De s’arrêter sur le particulier au lieu d’un général souvent trop schématique.

Au travers des Zones Optimum de Bonheur sur Clairs Soleils, nous faisons un choix assumé de sortir des images toutes faites. Lorsque l’on regarde le quartier, nous sommes bien loin de la grisaille et de la tristesse des cités, ici la nature domine, la forêt n’est qu’à quelques mètres, lorsque l’on vagabonde caméra au poing, nous rencontrons nulle violence, seulement de la curiosité.

Nous pensons comme Hélène, professeur de musique au collège, que l’art et la culture peuvent créer des espaces de possible, une façon de se voir et d’être vu qui sorte des rôles déterminés et qui permette de se réinventer.

Ou comme Joshua, animateur sportif à la MJC, qu’il faut élargir les possibles.

​La mixité sociale peut-elle être source d’enrichissement ? Elle est mise en avant dans les discours politiques comme un gage de paix et d’harmonie sociale. Elle semble même être un critère de réussite démocratique.

Pour nous, elle est au cœur de notre pratique, elle nous oblige à nous décentrer, à sortir de cet entre-soi artistique pour parler du monde dans lequel nous vivons. C’est une façon de mettre en jeu des tensions pour mieux les désamorcer. C’est le pari que nous faisons au travers des Zones Optimum de Bonheur. 

La mixité c'est faire culture ensemble, une fiction commune qui permet de se reconnaitre.

Suites

 

 

Mais ce troisième volet du projet porte

surtout sur une poétisation du réel, une

façon de créer ces espaces de possible et

de sortir des assignations et des stigmatisations.

Au début du projet nous voulions travailler sur une

sorte de clip touristique, comme si le quartier était une destination de voyage. Aujourd'hui nous aimerions travailler sur la notion de paradis.

Nous aimerions détourner l'image qui colle aux jeunes du quartier, pour en faire des anges canailles qui nous emmènent visiter, à tire d’ailes, ce qu'ils jugent être leur paradis.

Nous filmerons Hélène, dans son cours de musique, en train de répéter une chanson qui sera chantée en directe lors de la présentation. Avec elle, nous créerons également une bande-son du film qui pourra également être joué en direct à la façon d'un ciné concert.

Nous commanderons un rap à Tino et son groupe, à partir d'images que nous avons filmé.

Avec Laurence, la prof de français, nous voulons organiser un jumelage entre les différents élèves de sa classe, qui habitent des endroits différents du quartier où des environs. Une façon pour eux de se dépayser à quelques kilomètres de chez eux, dans des milieux qui leur sont inconnus.

Avec les habitants que nous avons filmés nous voulons organiser un après-midi où, sous la houlette de Mehmet, chacun planterait quelque chose sur le quartier, cela pourrait finir par un repas partagé au pied des immeuble.

 

Suite aux différents portraits vidéo que nous avons déjà réalisés, nous prolongerons certaines pistes afin de donner une cohérence à l'ensemble. Les portraits sont des ilots forts, dans ce qu'ils donnent à voir. Mais ils constituent aussi un puzzle, où, à partir des morceaux disparates, il nous faut en créer d'autres pour que l'ensemble s'emboite et révèle des dynamiques à l'œuvre sur le quartier.

Il nous manque des liens relationnels et thématiques. Ainsi Hélène et Laurence, les deux professeurs du collège, ne sont pas ancrées dans leur lieu de travail ; nous avons besoin de les dans leurs pratiques, en lien avec des élèves. En miroir avec nos deux professeurs, et Josuah l'animateur sportif, nous voulons ouvrir sur des jeunes qui sont déscolarisés. Avec Laurence, la philosophe nous en avions rencontré certains au cours de l'été et les échanges avaient été à la fois riches et étonnants. Animé par une curiosité réciproque, les questions avaient fusé de part et d'autre.

Alexandre Moine, professeur de géographie à l'Université d Franche-Comté, que nous avons filmé et avec qui nous collaborons sur d'autres projets, mène avec un sociologue, Christian Guinchard, une enquête sur le quartier, sur ce qu'ils ont appelé les effacés, des jeunes de 16 à 29 ans qui sont sortis des radars des différentes institutions : centre social, mission locale, ANPE. Nos deux projets pourraient se croiser.

Certains portraits sont à peaufiner, comme celui de Denise, qui se promène dans ces souvenirs et nous permet de revenir au temps d’avant les grands ensembles.

Nous aimerions filmer Laurence, la philosophe en lien avec de différentes personnes rencontrées, dans une sorte d'agora ou de palabre en plein air.

 

 

 

Poétiser le réel