Historique

Il y a quelques années, en lien avec la Médiathèque Départementale de prêt du Doubs, nous avons mis en place une intervention originale dans les collèges. Nous voulions faire découvrir aux élèves la littérature jeunesse de façon inédite. Dans cet objectif, nous avons créé trois personnages, un prof de français stagiaire, un inspecteur et une élève. Ces trois personnages, au lieu de jouer sur une scène, intervenaient dans une salle de cours auprès d’élèves qui ne se doutaient pas du caractère fictionnel de l’intervention. Cette forme et les différentes péripéties qui en découlaient, créaient une relation jubilatoire entre les comédiens et des élèves. Ceux-ci, découvrant petit à petit la supercherie, étaient heureux de s’être fait avoir. Nous aimerions nous inspirer de ce mode d’intervention et créer un commando de faux profs, qui, sur une journée de cours, pourraient intervenir dans plusieurs classes, et sur des matières différentes. Pour ce faire, nous prendrions appui sur notre partenariat avec le collège de Clairs Soleils, en leur proposant une résidence de création.

Voir

pris

de cours

L’école comme institution est un espace normé, rythmé par l’emploi du temps, changement de classes et de matières, interrogations, devoirs, exercices, leçons. Les élèves, comme des générations avant eux, fonctionnent dans une relation formelle bien établie entre eux et les enseignants. Chacun a un rôle défini et il est rare qu’on questionne cette distribution de rôles. Nous sommes dans une relation normée, faite de respect et d’obligations, une frontière entre le monde des adultes et celui des enfants, entres les enseignants et les apprenants. Le professeur est souvent réduit par les élèves à une fonction, et les élèves à un troupeau gavé d’hormones de croissance qu’il faut discipliner.  On est dans une mécanique bien huilée qui laisse peu de place à l’imprévu.

Au travers de nos interventions, il s’agira de mettre quelques grains de sable dans les rouages scolaires. Nous fonctionnerons par des décalages successifs, qui, en s’ajoutant les uns aux autres, feront dérailler cette relation normative à la connaissance afin de mieux l’interroger et changer le regard des uns sur les autres.

Dans notre intervention précédente, nous avions imaginé un professeur qui craquait, se retrouvait désemparé face à son inspecteur qui essayait de lui remonter le moral. Nous nous amusions à briser un tabou. Le professeur, au lieu d’être fort, devenait fragile, l’humain transpirait derrière la fonction. Ce retour à l’individu générait une tension dramatique, qui, une fois la supercherie levée, devenait une expérience fabuleuse dans ce qu’elle avait généré d’émotions.

​Par bien des côtés, le rôle du professeur, au-delà de l’aspect pédagogique, s’apparente à celui du comédien. Il est un comédien qui s’ignore. Pourtant, la classe est bien un espace de représentation avec son auditoire d’élèves, et le comédien- professeur qui essaye de les capter, improvise.

La personnalité du professeur est souvent atténuée par le rideau de sa fonction.

F

Au travers de ce commando, pour générer des situations inédites, nous renverserons ce postulat, accentuerons, des traits de caractère à chaque professeur nous mettrons  en jeu les personnages et des méthodes pédagogiques peu orthodoxes :

 

  • La yogiste, féministe, pour qui le corps à une mémoire qu’il faut solliciter. Je me souviens d’une professeure de mathématique qui commençait ses cours par du yoga. Les difficultés que nous éprouvions face à sa matière étaient dus à des blocages. Elle partait du principe qu’il fallait rouvrir son esprit, le rendre plus élastique, et que la respiration pouvait faire tomber ces murs. Il n’y avait pas pour elles des élèves matheux ou littéraires, des gènes qui correspondaient à chacune des matières ; seulement un manque d’ouverture dû à une mauvaise circulation de la respiration. Ce personnage pourra proposer un préambule relaxatoire pour fluidifier les neurones.

  • Le diplômé précaire remplaçant au pied levé un professeur malade, précipité dans une matière dont il connait vaguement les contours. Un personnage fragile qui essaye, malgré tout, de transmettre quelque chose, trébuche, se réfugie dans une dictée.

  • L’athlète de la connaissance

 

 

Il y une relation presque athlétique au savoir, la connaissance ne se gagne pas sans effort, elle s’exerce. Nous pourrons donc proposer des exercices détournés, qui pourront faire appel au corps comme espace de mémorisation, à des comptines pour retenir des règles. Une sorte de gymnastique de la mémoire.

  • Le conteur du quotidien.

Dans ce monde complexe, où les informations s’effacent les unes les autres, Il est devenu de plus en plus complexe de tisser des apprentissages.  Pris au piège de l’immédiat, quel rapport entretient-on avec l’universalité, l’histoire ? Ne dit-on pas que nous sommes des nains juchés sur les épaules des géants des générations passées ? Tous les objets qui constituent notre quotidien sont souvent l’œuvre de ceux qui nous ont précédé, elle renferme une connaissance, une histoire, des relations. Un vêtement, un stylo, une table ont une histoire, ils ne sont pas arrivés là par magie. Nous amuserons à retisser ce fils des histoires, puisqu’apprendre c’est sortir d’une simple relation d’usager et de consommateur pour devenir acteur de ce monde.

Nous nous amuserons à générer des méthodes pédagogiques qui brisent le quotidien et sont à même de créer de l’extraordinaire.

 

Le grain de sable

Le prof, un comédien pas comme les autres

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Un commando de faux profs

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